Note pour la période des questions : ÉTAT DU REVENU AGRICOLE EN 2024 ET EN 2025

About

Numéro de référence :
AAFC-2025-QP-00153
Date fournie :
11 déc. 2025
Organisation :
Agriculture et Agroalimentaire Canada
Nom du ministre :
MacDonald, Heath (L’hon.)
Titre du ministre :
Ministre de l'Agriculture et de l'Agroalimentaire

Enjeu ou question :

Q1 – De quelle manière s’attend-on à ce que les récents changements dans les politiques commerciales des États-Unis et de la Chine se répercutent sur la situation économique des producteurs en 2025? Q2 – De nombreux agriculteurs ont constaté de fortes augmentations des dépenses au cours des dernières années. Quelles répercussions cela a-t-il eues sur leurs résultats financiers? Q3 – Quelles dépenses ont le plus augmenté ces dernières années? Q4 – Quelles sont les répercussions des récentes conditions météorologiques et climatiques sur la stabilité économique des agriculteurs en 2025? Q5 — Que fait le gouvernement pour venir en aide aux agriculteurs pendant cette période difficile?

Réponse suggérée :

R.1 - Bien que l’on s’attende à ce que les répercussions varient d’un produit à l’autre, on s’attend à ce que l’augmentation des droits de douane ait une incidence négative sur les exportations, en faisant pression sur les prix, et qu’elle perturbe davantage les chaînes d’approvisionnement mondiales, ce qui ferait augmenter les coûts de production. Par ailleurs, la plupart des échanges commerciaux agricoles avec les États-Unis ne sont pas touchés en raison des exemptions au titre de l'ACEUM. Néanmoins, l’évolution de l’environnement commercial devrait accroître l’incertitude générale pour les producteurs.

En outre, l'annonce récente par la Chine d'un droit antidumping préliminaire sur les importations de canola en provenance du Canada devrait faire baisser les ventes globales, bien que les ventes de canola pour la première moitié de 2025 aient été plus élevées, les acheteurs chinois ayant cherché à augmenter leurs achats avant l'entrée en vigueur des droits de douane.

Il existe par ailleurs d’autres sources d’incertitude, dont les conditions de croissance et la persistance des conflits géopolitiques qui, combinées à des changements défavorables dans les politiques commerciales, pourraient faire augmenter les prix mondiaux des produits de base et nuire à la croissance économique mondiale et à la demande. Toute pression inflationniste qui en découle pourrait également faire augmenter le coût des intrants agricoles. R.2 - En général, le revenu global est demeuré élevé au cours des dernières années, car l’augmentation des prix mondiaux des cultures en 2021 et 2022 ainsi que la hausse des mises en marché des cultures et les prix élevés du bétail en 2023 ont contribué à compenser le coût élevé des intrants. Dans l’ensemble, la croissance des dépenses en 2024 a été beaucoup plus modérée, n'augmentant que de 2,4 %, mais les revenus ont diminué en raison de la baisse continue des recettes tirées de la vente des grains. L’augmentation des revenus entre 2020 et 2023 place la plupart des exploitations dans une excellente situation financière qui leur permet de surmonter une période de baisse des prix et des revenus.
Bien que la situation financière globale soit solide, les répercussions économiques de ces changements varient d’un secteur ou d’une région à l’autre, et la situation peut être différente pour de nombreux producteurs. R.3 - Le prix du combustible, des engrais et des aliments pour animaux ont connu des augmentations considérables en 2021 et 2022, alors que l’économie se rétablissait de la pandémie, sans compter la hausse de l’inflation à l’échelle mondiale. Par la suite, la guerre de la Russie contre l’Ukraine a considérablement perturbé encore davantage les marchés mondiaux des produits de base. Ces dépenses ont été modérées en 2023 et sont généralement à la baisse depuis.

Les frais d’intérêts ont également augmenté en 2022 alors que la Banque du Canada a relevé ses taux pour combattre l’inflation et ont encore augmenté en 2023 et 2024. Les achats de bétail ont également augmenté ces dernières années en raison de la hausse du prix des animaux. R.4 - Dans certaines parties des Prairies, les précipitations inférieures à la normale et la chaleur prolongée ont entraîné des conditions de culture inférieures à la moyenne, tandis que les pluies tombées en temps opportun en juillet dans d'autres régions ont contribué à améliorer les conditions de culture. Les conditions de croissance dans l'est du Canada ont également varié. On a observé des températures supérieures à la moyenne dans l'ensemble de la région, des précipitations inférieures à la normale dans une grande partie de l'Ontario et du Canada atlantique, ainsi que des précipitations supérieures à la normale au Québec.

D'après les résultats des estimations préliminaires modélisées de la production de cultures publiées par Statistique Canada le 28 août 2025, la production des principales grandes cultures devrait légèrement augmenter de 0,6 % par rapport à 2024 et dépasser de 5,9 % la moyenne précédente pour la période de 2020-2024. Dans les Prairies, la production globale devrait augmenter de 1,5 % par rapport au niveau de 2024 et de 7,8 % par rapport à la moyenne de 2020-2024. Bien que la taille globale des cultures devrait s’améliorer en 2025, nous sommes conscients que les producteurs de certaines régions peuvent encore être confrontés à des conditions de croissance difficiles et à l’instabilité des conditions climatiques. R.5 - Les gouvernements fédéral et provinciaux continuent de fournir un soutien aux producteurs par l’entremise des programmes de gestion des risques de l’entreprise (p. ex., sécheresse, inondations, baisses du marché et augmentation des coûts des intrants). Les producteurs peuvent également compter sur des programmes comme le Programme de paiements anticipés, Solutions agricoles pour le climat — Fonds d’action à la ferme pour le climat, le Programme de paysages agricoles résilients, le Programme d’investissement à la ferme pour la volaille et les œufs, le Programme des technologies propres en agriculture ainsi que d’autres programmes de subventions et contributions.

Contexte :

Le revenu net comptant (RNC) est la principale mesure utilisée par Agriculture et Agroalimentaire Canada (AAC) pour évaluer les perspectives à court terme quant au revenu du secteur agricole; il s’agit de la différence entre toutes les recettes monétaires et les dépenses d’exploitation. Il représente les liquidités générées par le secteur agricole qui sont disponibles pour le remboursement de la dette, l’investissement ou le retrait par les exploitants. Le 28 mai 2025, Statistique Canada (StatCan) a annoncé que le RNC en 2024 s’élevait à 19,7 milliards de dollars (B), une baisse de 14,9 % par rapport au niveau record de 23,1 milliards de dollars atteint en 2023. Voici les principaux facteurs à l’origine de ce changement :
Le total des recettes monétaires agricoles (RMA), qui comprend les recettes des productions végétales, les recettes des productions animales et les paiements de programme, a diminué de 1,6 %. Le total des recettes des productions végétales a diminué de 6,2 % (-3,5 milliards de dollars), principalement en raison de la baisse des prix de la plupart des grandes cultures céréalières et oléagineuses. Plus de la moitié de cette baisse peut être attribuée à la diminution des recettes tirées de la vente du blé (à l’exclusion du blé dur), dont les prix ont chuté de 20,4 %. Il s’agit de la première baisse des recettes des productions végétales depuis 2014. Les recettes des productions animales ont augmenté de 6,9 % (+2,6 milliards de dollars) en 2024, principalement en raison de la vigueur des prix des bovins, qui ont progressé de 13,1 % par rapport à 2023 grâce à une forte demande et à une offre plus restreinte.
La baisse des paiements de programme (-10,8 %) a également contribué à la diminution des RMA en 2024. Cette diminution s’explique par les baisses des paiements d’assurance-récolte, des paiements de stabilisation au Québec et des paiements directs pour les producteurs laitiers, qui ont compensé la hausse des paiements du programme Agri-stabilité.
Les dépenses d’exploitation de 2024 ont augmenté légèrement de 2,4 % pour atteindre 78,3 milliards de dollars, principalement en raison de la hausse des frais d’intérêt (+28,6 %), qui a compensé la baisse des dépenses liées aux aliments pour animaux et aux engrais. L’augmentation des achats de bétail et la hausse des coûts de main-d’œuvre ont également contribué à cette hausse. Il s’agit de la plus faible augmentation des dépenses depuis 2016 (+1,2 %).
Les perspectives pour 2025 sont encore très incertaines. Selon les données publiées le 29 août 2025 par Statistique Canada pour les six premiers mois de 2025, les RMAont augmenté de 3,3 % par rapport à la même période en 2024 pour atteindre 49,6 milliards de dollars. Cette hausse est principalement attribuable à l’augmentation des recettes des productions animales, stimulée par la hausse des prix des bovins et des porcs, tandis que les paiements de programme ont diminué en raison de la baisse des paiements d’assurance-récolte. Les recettes des productions végétales des six premiers mois de 2025 sont demeurées en grande partie inchangées par rapport à 2024, la hausse des ventes étant compensée par la baisse des prix. Elles ont toutefois augmenté de 8,5 % par rapport à la moyenne de 2020-2024.
Les prévisions estivales du revenu agricole d'AAC de 2025, qui sont fondées sur les conditions et les données de juin 2025 et fournissent une estimation pour l'année entière, prévoient une baisse de 6,0 % du RNC en 2025, car on s'attend à ce que la croissance modeste des dépenses l'emporte sur la croissance plus faible des recettes. Bien que la croissance réelle des recettes des exploitations agricoles indiquée par Statistique Canada pour les six premiers mois de l'année soit supérieure à celle prévue dans le cadre des dernières prévisions d'AAC, l'incertitude persiste pour la deuxième moitié de l’année.
Plusieurs facteurs clés de l'offre et de la demande mondiales ont influencé le revenu agricole canadien ces dernières années et devraient continuer à le faire en 2025. Cela peut se manifester par deux tendances distinctes, soit la baisse continue des prix des cultures, supérieure à la baisse des prix des intrants, et les prix très élevés du bétail. Les prix mondiaux des cultures, qui ont atteint un sommet à la mi-2022, devraient continuer à baisser en 2025, principalement en raison de l'abondance de l'offre mondiale de cultures et de la baisse de la demande de céréales en tant que matières premières énergétiques. En ce qui concerne le bétail, la récente sécheresse, la réduction du cheptel nord-américain ainsi que la forte demande en viande bovine ont fait grimper les prix des bovins, et on s’attend à ce qu’ils continuent à augmenter.
Certains facteurs de risque généraux subsistent, notamment l'aggravation des tensions géopolitiques qui a des effets sur l’approvisionnement et les prix des intrants, ainsi que les phénomènes météorologiques extrêmes. Toutefois, la principale source d’incertitude qui est récemment apparue est la nouvelle orientation de la politique commerciale américaine, en particulier les répercussions de la détérioration des relations commerciales entre les États-Unis et la Chine. En effet, cette situation pourrait entraîner des changements soudains et imprévisibles de la demande mondiale et des prix des cultures, ainsi qu'une hausse de la volatilité.
En fin de compte, l'évolution de ces facteurs au cours de la seconde moitié de l’année sera très importante pour la position économique globale du secteur agricole en 2025.

Renseignements supplémentaires :

• Il est essentiel pour le bien-être économique du Canada que le secteur agricole soit dans une bonne situation financière.

• Comme les prix mondiaux des cultures ont continué de chuter par rapport aux sommets récemment atteints, le revenu net comptant a diminué en 2024 pour s’établir à 19,7 milliards de dollars. Cela dit, il est demeuré supérieur à la moyenne des cinq années précédentes.

• Les recettes monétaires agricoles pour les six premiers mois de 2025 ont augmenté de 3,3 % par rapport à la même période en 2024, en grande partie en raison de l'augmentation des prix du bétail, tandis que les recettes globales des cultures sont restées stables.

• Les répercussions de l’évolution des conditions économiques varient d’un producteur à l’autre. En outre, l'incertitude générale découlant de l’évolution de l’environnement commercial reste élevée et on ne sait pas exactement comment le second semestre se déroulera.

• Le gouvernement s’engage à travailler avec ses partenaires commerciaux pour maintenir l’accès aux marchés des produits agricoles et soutenir les producteurs.