Note pour la période des questions : RÉSISTANCE AUX ANTIMICROBIENS

About

Numéro de référence :
HC-2022-QP1-00040
Date fournie :
23 juin 2022
Organisation :
Santé Canada
Nom du ministre :
Duclos, Jean-Yves (L’hon.)
Titre du ministre :
Ministre de la Santé

Enjeu ou question :

La résistance aux antimicrobiens est devenue l'une des principales causes de décès et l'Organisation mondiale de la Santé l'a désignée comme étant une menace importante à la santé mondiale. Une action coordonnée « Une seule santé » dans les secteurs de la santé humaine et animale et de l’environnement est nécessaire pour faire face à la menace croissante qu’elles représentent pour la population et le système de santé du Canada.

Réponse suggérée :

• Le gouvernement reconnaît que la résistance aux antimicrobiens augmente partout dans le monde et constitue une menace sérieuse et croissante pour la santé humaine, la santé des animaux et l’environnement.
• Nous nous sommes engagés à collaborer avec nos partenaires afin de prendre des mesures accrues et accélérées pour surveiller, prévenir et atténuer la menace sérieuse et croissante de la RAM et préserver l'efficacité des antimicrobiens sur lesquels les Canadiens comptent chaque jour.
• En octobre 2021, l'Agence de la santé publique du Canada a créé un groupe de travail dédié à la RAM pour faire progresser les politiques, les programmes et les actions de lutte contre la RAM, tant au pays qu'à l'échelle mondiale.
• Nous avons identifié deux grandes priorités qui auront le plus grand impact sur la lutte contre la RAM : garantir l'accès aux nouveaux antimicrobiens pour les Canadiens et préserver l'efficacité des antimicrobiens existants et nouveaux.
• Le gouvernement du Canada fait des progrès dans les deux domaines. Des investissements importants ont été réalisés dans la recherche dans des domaines tels que la découverte d'antimicrobiens, les alternatives et les diagnostics. Nous entreprenons également une évaluation complète des incitations économiques pour encourager l'entrée sur le marché et la disponibilité soutenue sur le marché d'antimicrobiens de grande valeur au Canada.
• Parallèlement à la sécurisation de l'accès aux antimicrobiens, nous prenons des mesures pour préserver l'efficacité des antimicrobiens vitaux dont nous disposons actuellement.
• Dans le budget de 2021, le gouvernement s’est engagé à verser plus de 28 millions de dollars sur cinq ans, à compter de 2021-2022, dans le but d’élargir les efforts dans des domaines clés de surveillance et de contribuer à la prévention et au contrôle de la résistance aux antimicrobiens, y compris l'intégration des eaux usées dans notre surveillance de la résistance aux antimicrobiens, en tirant parti du succès du Canada avec sa surveillance des eaux usées liée à la COVID-19.
• De plus, nous utilisons la recherche sur l'opinion publique et la science du comportement pour mieux comprendre ce que les Canadiens savent de la RAM et de l'utilisation des antimicrobiens. Nous tirerons parti des données de surveillance et des tendances pour mieux cibler les initiatives de sensibilisation du public et pour mettre en œuvre des politiques et des pratiques de gérance efficaces. La pandémie de COVID-19 en cours nous a appris l'importance d'un système de santé publique réactif et préparé. En investissant davantage dans les efforts de lutte contre la résistance aux antimicrobiens, le Canada s'assurera que le Canada s'attaque efficacement à cette menace croissante afin de mieux protéger les Canadiens.

Contexte :

Les antibiotiques sur lesquels nous comptons pour traiter des infections courantes perdent graduellement de leur efficacité, ce qui entraîne des maladies graves et des décès. Déjà, une infection bactérienne sur quatre est résistante à la première ligne de traitement antibiotique. Au Canada en 2018, on estime que la résistance aux antimicrobiens (RAM) s'est soldée par 5 400 décès, des coûts de 1,4 milliard de dollars pour le système de soins de santé et une perte de 2 milliards de dollars pour le PIB. Si les tendances actuelles en matière de RAM ne sont pas contrôlées, les coûts cumulatifs d'ici 2050 pourraient être aussi élevés que 396 000 décès, 120 milliards de dollars pour les soins de santé et 388 milliards de dollars pour le PIB.

Il y a un élan durable selon lequel il faut lutter contre la RAM grâce à la collaboration et à la prise de mesures concertées, à la fois à l'échelle nationale et internationale.

Mesures et investissements du gouvernement du Canada

Le gouvernement du Canada, par le biais du budget de 2021, s’est engagé à verser 28,6 millions de dollars sur cinq ans, à compter de 2021-22, et 5,7 millions de dollars par année par la suite, à l’Agence de la santé publique du Canada, à Santé Canada et à l’Agence canadienne d’inspection des aliments. Ces investissements soutiendront les efforts visant à prévenir l’utilisation inappropriée des antimicrobiens et à étendre les efforts de surveillance de l’émergence de la résistance aux antimicrobiens au Canada.

Un groupe de travail sur la RAM a été mis sur pied au sein de l’ASPC afin d’établir une orientation claire pour les initiatives sur la RAM dans l’ensemble des ministères et des organismes fédéraux. Le groupe de travail sur la RAM dirigera et coordonnera les mesures fédérales de lutte contre la RAM, et mobilisera les partenaires et groupes d’intervenants nationaux et internationaux et collaborera avec eux dans le but d’optimiser l’efficacité des mesures prises en matière de RAM.

Le gouvernement du Canada a décrit son engagement à combattre la RAM dans le Cadre fédéral sur la RAM et son Plan d’action connexe, et ce, dans le cadre d’une approche « Une seule santé ». En juillet 2018, le premier rapport d’étape sur le Plan d’action fédéral a été publié.

Reconnaissant qu’il ne peut pas réduire la menace de la RAM à lui seul, et en accord avec nos partenaires internationaux, le gouvernement du Canada a dirigé les efforts avec les provinces, les territoires et les intervenants pour élaborer le cadre pancanadien sur la RAM, lequel a été publié en septembre 2017. Des travaux sont en cours pour préparer un plan d’action pancanadien sur la RAM afin de déterminer les mesures optimales et concrètes pour traiter ce problème complexe dans les secteurs de la santé humaine, de la santé animale et de l’agroalimentaire. Ces travaux ont été entrepris en consultation avec les partenaires provinciaux et territoriaux et les intervenants clés, ainsi qu’avec leur contribution. L’accent mis par les provinces et les territoires sur l’intervention face à la pandémie de COVID-19 a ralenti le parachèvement du Plan d’action. L’ASPC travaille étroitement avec les ministères fédéraux, les provinces et les territoires pour déterminer la voie à suivre afin de s’assurer que les gouvernements et les intervenants peuvent faire progresser les mesures prioritaires en matière de RAM à court et à moyen terme.

Le gouvernement du Canada, par l’intermédiaire des Instituts de recherche en santé du Canada (IRSC), dirige les efforts de recherche du Canada et est un chef de file mondial sur la recherche de la résistance aux antimicrobiens. Au cours des cinq dernières années, les Instituts de recherche en santé du Canada ont investi plus de 138 millions de dollars dans la recherche liée à la résistance aux antimicrobiens, investissant 26,3 millions de dollars pour la seule année 2019-2020, afin de renforcer la recherche dans des domaines tels que la découverte d’antimicrobiens, l’identification de cibles de médicaments, les alternatives, les diagnostics, la surveillance et la gérance.

Les IRSC sont également un membre fondateur et un important bailleur de fonds de l’Initiative de programmation conjointe sur la résistance aux antimicrobiens (IPCRAM) – une collaboration de 28 États membres visant à coordonner la recherche sur la RAM afin de réduire à long terme les niveaux de résistance et d’obtenir de meilleurs résultats en matière de santé publique. Par l’entremise des IRSC, le Canada dirige la mise sur pied de l’Institut de recherche virtuel de l’IPCRAM – un réseau virtuel mondial de chercheurs, d’installations et d’infrastructures de recherche sur la RAM.

Le gouvernement du Canada participe aux forums internationaux, comme ceux du G7, du G20, de l’Organisation mondiale de la Santé et des Nations Unies, pour faire avancer l’enjeu de la RAM et d’autres priorités avec ses partenaires aux vues semblables. Lors de l’appel des ministres de la Santé du G7, le 17 novembre 2021, et celui des ministres des Finances du G7, le 13 décembre 2021, le Canada a soutenu les déclarations appelant au déploiement d’efforts en vue de promouvoir l’évaluation appropriée des antimicrobiens et d’accroître l’importance des options pour améliorer les réseaux d’approvisionnement en antimicrobiens. Sur le plan opérationnel, le gouvernement fédéral prend part à de nombreux groupes techniques pour traiter les problèmes liés à la RAM et à l’emploi d’antimicrobiens ayant trait à la santé humaine, à la santé animale et à la production d’aliments.

Modifications réglementaires et politiques

En 2017, des modifications ont été apportées au Règlement sur les aliments et drogues, notamment des changements de politique dans le cadre des outils réglementaires existants pour combler les lacunes dans la réglementation des médicaments vétérinaires afin de soutenir l’utilisation prudente des antimicrobiens importants sur le plan médical chez les animaux en :
• contrôlant l’importation de médicaments vétérinaires pour usage personnel;
• améliorant la surveillance de l’importation et de la qualité des ingrédients pharmaceutiques actifs à usage vétérinaire;
• facilitant l’accès aux produits de santé vétérinaire à faible risque en tant qu’outils supplémentaires afin d’améliorer la santé et le bien-être des animaux;
• exigeant des rapports sur les ventes d’antimicrobiens vétérinaires pour soutenir la surveillance de la résistance;
• supprimant les allégations relatives à la stimulation de la croissance sur les antimicrobiens importants sur le plan médical;
• renforçant la surveillance vétérinaire avec l’obligation de prescriptions avant la vente de tous les antimicrobiens importants sur le plan médical.

Santé Canada continue de travailler avec d’autres partenaires fédéraux pour mettre l’accent sur l’amélioration de la santé et du bien-être des animaux afin de réduire le recours à l’utilisation systématique des antimicrobiens chez les animaux. En 2020, Santé Canada a publié une approche fondée sur le risque pour déterminer si la disponibilité des antimicrobiens en médecine vétérinaire peut contribuer à la RAM chez les humains (c’est-à-dire si elle augmente le risque que les antimicrobiens deviennent inefficaces pour traiter les infections chez les humains).

De plus, Santé Canada tient à jour une liste des pathogènes d’intérêt qui sert à informer les entreprises des pathogènes bactériens qui ont le plus besoin de produits thérapeutiques novateurs au Canada. Santé Canada a également parrainé un défi du programme Solutions innovatrices Canada, et offre jusqu’à 1 million de dollars aux innovateurs et aux entrepreneurs pour appuyer le développement de nouveaux outils diagnostiques conviviaux et rentables au point de service pour aider à combattre la hausse de la RAM.

Renseignements supplémentaires :

Faits saillants
• La résistance aux antimicrobiens (RAM) est l’un des 10 enjeux principaux de santé publique mondiale et le Canada doit être prêt à affronter cette menace.
• La RAM se caractérise par une diminution de l’efficacité des médicaments antimicrobiens dans le traitement d’une infection. La résistance peut se développer naturellement au fil du temps; toutefois, l’utilisation inappropriée d’antimicrobiens en médecine humaine et vétérinaire a considérablement accéléré son apparition et sa propagation dans l’interface homme-animal, dans la chaîne alimentaire.
• Les antimicrobiens ont grandement permis de faire progresser la médecine et de sauver des vies. Sans antimicrobiens efficaces, notre capacité à combattre les maladies infectieuses diminuera considérablement. Des interventions médicales courantes, comme les césariennes, les remplacements d’articulations et même les traitements de chimiothérapie qui dépendent des antibiotiques deviendront plus risqués pour les Canadiens.
• Une étude publiée en 2022 a révélé que la RAM est désormais l'une des principales causes de décès dans le monde. On estime qu'elle a provoqué plus de 1,2 million de décès en 2019. L'étude a reçu beaucoup d'attention médiatique, sonnant l'alarme au sujet de la prochaine menace à la santé publique.
• À l'échelle internationale, on accorde de plus en plus d'attention à l'urgent besoin de lutter contre la RAM. La présidence, assurée par l’Allemagne, du G7 en 2022 a cerné trois priorités en santé, dont le contrôle de la RAM. Le Canada accuse du retard par rapport à ses partenaires internationaux, qui prennent des mesures agressives et tangibles pour s'attaquer à la RAM. Le Canada s'est classé au dernier rang des pays du G7 dans une étude de 2021 sur l'état de préparation pour faire face à la RAM.
• Au niveau national, la Coalition canadienne pour l'innovation antimicrobienne (CCIA) et l'Université McMaster ont récemment publié un nouveau rapport intitulé « Antibiotic access and capacity: A grassroots solution to improving patient access to novel antibiotics in Canada (L'accès aux antibiotiques et la capacité : une solution communautaire pour améliorer l'accès des patients à de nouveaux antibiotiques au Canada). » Le rapport met en lumière la gravité de la RAM, ses répercussions sur le système de soins de santé du Canada et la nécessité de privilégier une action coordonnée de plusieurs disciplines et secteurs afin d'améliorer l'accès aux antimicrobiens grâce à des mesures incitatives et à des modifications de la réglementation.
• En 2018, 26 % des infections au Canada étaient résistantes au traitement antimicrobien de première ligne, et on estime que 15 décès par jour étaient directement attribuables à la RAM. Les coûts économiques de la RAM sont aujourd’hui estimés à 2 milliards de dollars, et l’on prévoit qu’ils atteindront 20 milliards de dollars d’ici 2050.
• Des mesures concertées au moyen de l’approche « Une seule santé », qui tient compte des liens entre la santé des personnes, des animaux et de l’environnement, sont nécessaires pour lutter contre la RAM.