Note pour la période des questions : Lignes directrices sur le dépistage du cancer du sein du groupe d'etude Canadien sur les soins de santé prévenrifs
About
- Numéro de référence :
- MH-2023-QP-0072
- Date fournie :
- 19 juin 2023
- Organisation :
- Santé Canada
- Nom du ministre :
- Duclos, Jean-Yves (L’hon.)
- Titre du ministre :
- Ministre de la Santé
Enjeu ou question :
N/A
Réponse suggérée :
En 2018, le Groupe d’étude canadien sur les soins de santé préventifs (« Groupe d’étude ») a publié « Recommandations sur le dépistage du cancer du sein chez les femmes âgées de 40 à 74 ans ne présentant pas de risque accru de cancer du sein » dans le Journal de l'Association médicale canadienne. Cette ligne directrice est une mise à jour des recommandations du groupe d’étude canadien sur le dépistage du cancer du sein datant de 2011. Depuis 2018, des membres de certains groupes de défense d’intérêts ainsi que quelques chercheurs en imagerie médicale ont contesté divers aspects de la ligne directrice dans les médias, la littérature scientifique et par des correspondances à l’Agence de la santé publique du Canada (ASPC) et Santé Canada.
Le 9 mai 2023, le Groupe de travail sur les services préventifs des États-Unis (US Preventive Services Task Force) a publié un projet de recommandation concernant le dépistage du cancer du sein, qui prévoit d’abaisser l’âge de début du dépistage de 50 à 40 ans. Les différences entre cette nouvelle directive et les directives canadiennes actuelles du Groupe d’étude canadien sur les soins de santé préventifs devraient susciter l’intérêt des parties prenantes et des médias.
Messages clés
• Nous reconnaissons que le cancer du sein est un problème de santé majeur. Le cancer du sein est le cancer le plus fréquemment diagnostiqué chez les Canadiennes. De plus, il s’agit de la deuxième principale cause de décès par cancer chez les Canadiennes.
• Le Groupe d’étude canadien sur les soins de santé préventifs élabore ses lignes directrices en fonction des meilleures preuves scientifiques disponibles et d’autres considérations, comme les valeurs et les préférences des patients.
• Les lignes directrices actuelles du groupe de travail sur le dépistage du cancer du sein expose les avantages et les inconvénients du dépistage et souligne l’importance du pouvoir de décision partagé entre les femmes et leurs fournisseurs de soins de santé pour favoriser la prise de décisions éclairées.
• Le gouvernement du Canada s’est engagé a verser jusqu'à 500 000 $ en financement supplémentaires pour aider le Groupe de travail à accélérer la mises à jour de ses ligne directrice sur le dépistage du cancer du sein afin d’assurer qu’elles reflètent toujours les meilleures données probantes.
• De plus, l’Agence de la santé publique du Canada a l’intention d’organiser un événement d’échange de connaissances en septembre pour réunir des experts, des partenaires, des personnes ayant une expérience vécue et d’autres intervenants afin de discuter de l’état actuel des connaissances scientifiques, y compris des lacunes dans les connaissances relatives au dépistage du cancer du sein.
Si l’on insiste sur le retrait du soutien de la Société canadienne du cancer :
• Nous savons que certains groupes d’intervenants, dont la Société canadienne du cancer, ont communiqué avec le groupe d’étude au sujet de la mise à jour de leur ligne directrice de 2018.
• Le groupe d’étude répond aux questions qui leurs sont dirigées au sujet de leur lignes directrices. C’est ma compréhension qu’ils ont fait le suivi avec ces groupes d’intervenants.
Si l’on insiste sur l’évaluation du Groupe d’étude canadien sur les soins de santé préventifs que réalise le gouvernement du Canada
• L’Agence de la santé publique du Canada a entrepris d’évaluer l’expertise, la méthodologie, la gouvernance et les mécanismes de financement du Groupe d’étude, ainsi que l’efficacité de ses activités de transfert des connaissances. Les résultats de l’évaluation sont accessibles au public.
• Tous les programmes de l’Agence de la santé publique du Canada sont régulièrement évalués de cette façon.
Si l’on insiste sur les recommandations actualisées du Groupe de travail sur les services préventifs des États-Unis
• Le Groupe d’étude canadien a pris connaissance des recommandations actualisées du Groupe de travail des États-Unis et les examinera attentivement lors de la mise à jour de leurs recommandations existantes.
Contexte :
Le Groupe d’étude canadien sur les soins de santé préventifs (Groupe d’étude) est un organisme indépendant, établi et financé par l’Agence de la santé publique du Canada (ASPC). Il compte jusqu’à 15 cliniciens et méthodologistes. Il a élaboré des lignes directrices concernant la pratique clinique fondées sur des données probantes sur une série de sujets qui aident les prestataires de soins primaires à fournir des soins de santé préventifs.
Le rôle de l’ASPC dans la production des lignes directrices est de s’assurer que des méthodes rigoureuses et appropriées sont utilisées pour analyser les preuves scientifiques qui constituent la base des recommandations indépendantes formulées par le groupe d’étude. Les membres du personnel scientifique de l’ASPC sont des auteurs des lignes directrices du groupe d’étude, mais ils ne votent pas et n’approuvent pas les recommandations.
Recommandations du Groupe d’étude
Les recommandations contenues dans la ligne directrice du groupe d’étude s’appliquent aux femmes âgées de 40 à 74 ans ne présentant pas de risque accru de cancer du sein, la décision de se soumettre au dépistage dans chaque groupe d’âge dépendant de la valeur relative qu’une femme accorde aux avantages et aux inconvénients possibles du dépistage :
• Pour les femmes âgées de 40 à 49 ans – ne pas faire de dépistage par mammographie.
• Pour les femmes âgées de 50 à 69 ans – faire un dépistage par mammographie tous les deux ou trois ans.
• Pour les femmes âgées de 70 à 74 ans – faire un dépistage par mammographie tous les deux ou trois ans.
Ces recommandations sont conformes aux recommandations précédentes du groupe d’étude et à celles du Royaume-Uni et de l’Australie.
Le Groupe de travail sur les services préventifs des États-Unis a publié le 9 mai 2023 un projet de mise à jour de ses recommandations de 2016. La ligne directrice du Groupe d’étude canadien de 2018 était harmonisée avec la précédente ligne directrice du Groupe de travail des États-Unis de 2016. La recommandation actualisée, qui a été soumise aux commentaires du public jusqu’au 5 juin, abaisse l’âge du premier dépistage de 50 à 40 ans. Le passage de l’âge de 50 ans à l’âge de 40 ans est basé sur les tendances des taux de cancer du sein dans ce groupe d’âge au fil du temps aux États-Unis. Elle est également basée sur une modélisation formelle commandée pour cette ligne directrice, qui indique un petit bénéfice potentiel pour les femmes de cet âge (1,3 décès supplémentaire par cancer du sein évité pour 1 000 femmes dépistées à partir de 40 ans par rapport à celles dépistées à partir de 50 ans). Les membres du Groupe de travail des États-Unis ont également examiné des essais randomisés contrôlés et des études d’observation, mais n’ont déterminé aucune étude apportant des données probantes supplémentaires en faveur du dépistage à l’égard de ce groupe d’âge. Ils ont également conclu qu’il n’y avait pas suffisamment de données probantes pour recommander ou déconseiller le dépistage après l’âge de 74 ans, ou un dépistage supplémentaire (p. ex., une échographie ou une IRM) pour les femmes ayant des seins denses.
Considérations fédérales-provinciales-territoriales et des groupes d’intervenants
À l’heure actuelle, la plus grande partie des programmes de dépistage provinciaux et territoriaux sont réalisés conformément à la ligne directrice du Groupe d’étude canadien. L’Alberta a toutefois mis à jour ses lignes directrices en matière de dépistage en 2022, ramenant l’âge du dépistage de 50 à 45 ans. Cette décision se fonde sur les données épidémiologiques locales et sur la modélisation. Plusieurs provinces autorisent un dépistage plus précoce sur la base d’une recommandation d’un fournisseur de soins ou de l’auto-aiguillage.
Plusieurs intervenants sont favorables à la ligne directrice, notamment le Collège des médecins de famille du Canada et l’Association des infirmières et infirmiers praticiens du Canada. Vers la fin de l’année 2022, le Partenariat canadien contre le cancer et la Société canadienne du cancer ont retiré leur soutien pour la ligne directrice et ont interpellé au Groupe d’étude à entreprendre une révision de cette ligne directrice.
Depuis la publication de la ligne directrice, certains groupes de défense d’intérêts ont exprimé publiquement leurs préoccupations concernant divers aspects de la ligne directrice, incluant l’âge admissible au dépistage, le fait qu’elle n’inclut pas de recommandations sur le dépistage supplémentaire pour les femmes ayant un tissu mammaire dense, et qu’elle recommande de ne pas pratiquer l’auto-examen des seins.
Vers la fin de 2021, ce groupe a entrepris une campagne alléguant une mauvaise conduite dans l’exécution de l’Étude nationale canadienne sur le dépistage du cancer du sein. Cette étude a été utilisée pour informer des lignes directrices au Canada et ailleurs dans le monde, dans les médias universitaires ou autres. L’étude en question est une des huit principales études qui ont été incluses dans le développement de la ligne directrice du groupe d’étude. Une étude publiée en 2023 a examiné l’impact de retirer cette étude de l’ensemble des données probantes qui a été utilisé par le Groupe d’étude et a conclu que de la retirer n’aurais pas d’impact sur les résultats globaux de la revue des données probantes qui ont informé la ligne directrice du Groupe d’étude.
Vers la fin de 2022, ces groupes de défense d’intérêts ont débuté une campagne d’envoi de lettres aux députés à propos des lignes directrices du Groupe d’étude. Ces lettres indiquent que ces lignes directrices montrent des lacunes et ignorent les données probantes actuelles. Les lettres demandent aux députés de suspendre immédiatement l’utilisation des lignes directrices du Groupe d’étude, et de créer un nouveau panel comprenant des experts en cancer du sein pour développer de nouvelles lignes directrices. Certaines de ces lettres ont été envoyées au ministre de la Santé et une réponse standard a été préparée.
En réponse aux préoccupations des groupes de défense d’intérêts concernant le manque de données probantes de qualité pour informer des lignes directrices sur le dépistage, l’ASPC a collaboré avec les Instituts de recherche en santé du Canada (IRSC) afin d’organiser un Échange Meilleurs Cerveaux (EMC) sur l'avancement des programmes de recherche sur le dépistage du cancer du sein en 2021. L’EMC a donné l’opportunité à une cinquantaine de chercheurs, d’experts en mise en œuvre de programmes, de décideurs politiques, de bailleurs de fonds de recherche et d’autres parties prenantes d’établir le statut actuel des données probantes concernant le dépistage du cancer du sein, incluant les lacunes en recherche. Un rapport résumant l’EMC (présentations, discussions, et lacunes en recherche identifiées) a été partagé avec les participants de l’EMC, notamment des intervenants clés tel que la Société canadienne du cancer et le Partenariat canadien contre le cancer, en octobre 2021. Les participants de l’EMC ont été invités à réviser les lacunes en recherche identifiées durant l’événement, et à déterminer si leur organisation pouvait jouer un rôle pour combler ces lacunes. En octobre 2021, Rethink Breast Cancer, le Réseau canadien du cancer du sein, et la Société canadienne du cancer ont annoncé qu’ils collaboreront pour amasser les meilleures données disponibles afin d’établir l’état des connaissances de l’impact et l’efficacité des lignes directrices actuelles, en faisant un examen des preuves scientifiques provenant du monde réel. En 2022, ce même groupe d’organismes a demandé au Groupe d’étude de « réviser et examiner toutes les nouvelles données probantes sur le dépistage du cancer du sein afin de déterminer si la ligne directrice actuelle doit faire l’objet de changements ou de mise à jour ».
Le groupe de travail a pris la décision de mettre à jour ses lignes directrices de 2018 au début de l'année 2023, avant la publication des lignes directrices actualisées du Groupe de travail sur les services préventifs des États-Unis. Le 7 juin 2023, le groupe de travail a annoncé publiquement qu'il procéderait à un examen et à une mise à jour accélérés de ses lignes directrices de 2018 sur le dépistage du cancer du sein. Ils prévoient d'avoir une version préliminaire de la directive mise à jour à la fin de l'automne 2023. Le 8 juin, le gouvernement du Canada a annoncé un financement supplémentaire jusqu'à 500 000 $ pour le groupe de travail afin de l'aider à respecter le calendrier accéléré de ce projet.
L'ASPC a également annoncé le 8 juin son intention d'organiser un événement d’échange de connaissances pour réunir des experts, des partenaires et des intervenants afin de discuter de l’état actuel des connaissances scientifiques, y compris des lacunes dans les connaissances relatives au dépistage du cancer du sein.
Renseignements supplémentaires :
• On estime qu’en 2020, 27 400 femmes ont reçu un diagnostic de cancer du sein, et 5 100 femmes sont décédées de cette maladie. On estime qu’une Canadienne sur huit (12%) recevra un diagnostic de cancer du sein au cours de sa vie.
• La ligne directrice actuelle sur le dépistage du cancer du sein du Groupe d’étude a été l’objet de critiques provenant d’un petit nombre de parties prenantes particulièrement actives depuis sa publication en 2018.
• Des évaluations externes de la ligne directrice sur le dépistage du cancer du sein 2018 du Groupe d’étude par le American College of Physicians en 2019 et par des chercheurs indépendants en 2022 ont classé la ligne directrice parmi celles de meilleure qualité au monde.
• Le Groupe d’étude a entamé une mise à jour de la ligne directrice de 2018 sur une base accélérée.